Le Parti Socialiste s’est abstenu sur le plan de crise à l’Assemblée Nationale. Ce plan prévoyait une garantie de l’Etat aux prêts interbancaires d’un plafond de 320 milliards d’euros, et que
l’Etat s’engage à recapitaliser les banques en difficulté. Aussitôt à droite, des voix se sont élevés contre « l’irresponsabilité » des socialistes dans cette affaire. Revenons donc sur
cette prétendue irresponsabilité.
Trois possibilités de vote s’offrent aux élus : pour, contre, ou abstention.
Considérons tout d’abord l’éventualité d’un vote « pour ». Alors que l’on s’alarme jour après jour de la dette nationale, que les services publics sont sacrifiés au nom des économies à
faire dans l’urgence – justice, éducation, santé, défense, transports postaux, logement sont rabaissés à une simple question de rentabilité immédiate -, alors que le niveau de vie des Français
dégringole, l’Etat trouve miraculeusement 40 milliards d’euros pour sauver les banques et engager en ½ journée 320 millions d’euros soit l’équivalent du budget de l’état ! . Le cynisme de
cette adéquation justifiait à elle seule de ne pas voter quitus au gouvernement. Mais ce n’est pas la seule raison : le plan de sauvetage des banques revenait à récompenser
l’irresponsabilité de parieurs fous. Recapitaliser les banques en crise revenait donc à rattraper financièrement les dégâts causés par des spéculateurs inconscients et dénués de tout sens du
collectif.
Pourtant, conscients de la gravité de la crise financière, nous ne pouvions pas nous permettre de voter contre. Si cette crise ne touchait que les spéculateurs, la question aurait été tranchée.
Mais ce n’est pas le cas. Les plus fragiles, les plus démunis, ceux qui se lancent dans la vie, auraient été atteints directement par la faillite des banques. A vrai dire il n’existait pas
d’autre solution que de financer le sauvetage des banques.
Mais sauver les banques ne nous dispensait pas de repenser le système financier actuel. Or, le gouvernement s’est bien gardé d’entamer ce type de réflexion.
Les socialistes ont exigé et exigent que ce plan s’accompagne d’un projet qui vise cette fois à lutter contre la crise économique. Mercredi dernier, nous craignions un refus de la droite sur
cette question. Au lendemain du G5, le MEDEF a souhaité que l’Etat cesse toute intervention dans l’économie, une fois la crise internationale passée. Et le budget 2009, examiné cette semaine à
l’Assemblée, prouve bien que le Gouvernement ne prend pas la crise mondiale au sérieux., il ne remet même pas en cause les choix injustes tels que le bouclier fiscal, encore plus inadapté
aujourd’hui au vu de la situation économique et sociale des Français.
Voilà pourquoi les socialistes ne pouvaient décemment ni voter pour, ni voter contre le plan de sauvetage des banques. Voilà pourquoi les socialistes ne pouvaient que s’abstenir. Parfois, être
responsable implique des choix difficiles à faire entendre, mais il faut l’assumer. Et nous l’assumons. Et que l’on ne nous dise pas que ce sont les divisions socialistes qui sont à l’origine de
notre abstention. Seul le choix de la responsabilité a décidé de notre vote.