Il y a des élections qui ne changent rien. Et il y a celles dont on sait qu’elles changeront tout.
C’est précisément le cas de ce 4 novembre 2008.
L’élection de Barack Obama comme 44e président des Etats-Unis d’Amérique marque un tournant pour le
monde.
Certes, le fait qu’un métis accède à la plus haute responsabilité est remarquable. Son jeune âge est également un signe
encourageant de renouveau de la vie politique.
Mais ce qui est encore plus prometteur est le programme sur lequel Barack Obama a été élu.
En termes de politique étrangère d’abord : retrait progressif des troupes en Irak, dialogue ferme avec l’Iran,
pacification de la zone israélo-palestinienne, priorité aux problèmes de sous-développement et de pauvreté, amélioration des contacts avec Cuba...
Son programme socio-économique est également audacieux : système de redistribution par répartition pour les retraites,
augmentation du salaire minimum (qui n’a pas évolué depuis 10 ans), retour sur la baisse des impôts qui profite aux foyers gagnant plus de 250000 euros par an pour financer un plan d’assurance
maladie généralisée.
Véritable révolution, le nouveau Président s’engage sur la régularisation partielle des sans-papiers, investissement de 150
milliards de dollars en 10 ans dans la recherche sur les énergies renouvelables, système éducatif de meilleure qualité, protection renforcée des droits civils...
Sa politique sociétale est également audacieuse, compte tenu du contexte politico-religieux américain : il s’est en effet
ouvertement prononcé en faveur de l’avortement car il estime que ce choix n’appartient qu’à la femme (et l’on sait le courage qu’il faut pour évoquer cette question aux Etats-Unis).
Il s’est également prononcé pour l’union civile des homosexuels.
En revanche, il ne s’est pas officiellement prononcé pour l’ouverture du mariage ou de l’adoption aux couples de même sexe,
sans pour autant l’interdire.
Son programme, dans le contexte actuel des Etats-Unis, est ambitieux, audacieux, à contre-courant… Et il a été
élu.
Que faut-il alors retenir de cette élection ?
D’abord, que ceux qui ont soutenu Obama en France ne pourront plus se cacher derrière la peur des défaites électorales pour
soutenir un candidat de couleur.
Ensuite, que la modernité a manifestement changé de camp.
Jusqu’à maintenant, la droite nous reprochait d’être obsolètes parce que nous osions défendre le système de
retraite par répartition ; elle nous fait un procès en archaïsme parce que nous considérons le système de redistribution des richesses comme le plus juste.
Aujourd’hui, la droite française –qui décidément aime bien être à la mode, ou le faire croire- se félicite de l’élection
d’Obama, celui-là même qui met en place des dispositifs de redistribution des richesses…
Ce constat m’amène à soulever un autre paradoxe de cette « bonne » vieille droite française.
Obama, soutenu par une partie de la droite, a été élu en partie sur des mesures qui sont en contradiction totale avec les
solutions proposées par la droite française. L’exemple le plus frappant concerne la vision sur le long terme que le nouveau président porte.
Il propose par exemple d’investir dans l’éducation et la recherche pour lutter efficacement et profondément contre le chômage
et relever les défis de demain en augmentant le nombre d’enseignants, leur salaire, et en leur permettant une meilleure formation. En France, la droite nous impose strictement
l’inverse.
Le refus du Président OBAMA de maintenir le bouclier fiscal américain laisse également rêveur…
Les discours que la gauche a toujours portés ne pourront plus être raillés cyniquement par une droite qui prétend que nous
sommes décidément bien ringards de nous préoccuper des plus faibles.
Oui, la justice sociale, l’équité, la redistribution des richesses, l’éducation, la dignité humaine, sont enfin des notions
portées haut et fort de l’autre côté de l’Atlantique.
La bataille culturelle contre l’idéologie de droite, que nous avions tant de mal à mener ces derniers temps, peut à nouveau
s’enclencher, car à n’en pas douter, le discours fataliste et résigné que portent certains de nos concitoyens aura moins d’écho.
Oui, il y a décidément des élections qui changent le monde.
L’élection d’Obama, même s’il ne pourra à lui tout seul « sauver la planète», contribuera à lever l’espoir aux
Etats-Unis, au Moyen-Orient, en Afrique peut-être, et sûrement en Europe.